Notre détermination à bloquer le site pendant une semaine est le résultat d’années de chantage. Les -7,7, les 222, puis les 4x12, à chaque fois il fallait sauver le site. Après cela deux ans de mensonges au sujet du nouveau repreneur, et la colère a explosé.
IBM et Infineon ont goûté à notre colère et c’est bien mérité.
Dès le deuxième jour de la grève, la direction a décidé de dissocier l’avenir du site dont elle ne veut rien nous dire de la négociation sur les modalités de licenciement de 400 qu’elle veut faire partir tout de suite. Une façon pour elle de chercher à nous diviser. L’intersyndicale acceptait.
Mais les jours suivants, la question de la fermeture est resté bien présente dans les têtes. Les banderoles « IBM, - 3000 emplois » montraient bien qu’on se battait pour tous.
Le mercredi, la direction faisait le chantage à ne poursuivre les négociations que si la grève s’arrêtait. Ca a fait plouf : les grévistes ont continué.
Et dès le lendemain la direction, qui cherchait tous les moyens d'en finir, reprenait l'intersyndicale dans ses bureaux.
C’est bien parce que l’on était en grève que la direction a commencé à céder des indemnités de licenciement, et de plus en plus au cours de la semaine : 15 000 €, puis 20 000, puis 28 000 (pour les plus de 10 ans d’ancienneté).
Avec en plus 1,2 mois par année d’ancienneté pour les plus anciens d’entre nous la grève a fait clairement avancer les choses.
Pour tous les autres les problèmes restent. Pour ceux qui ont moins 10 ans d’ancienneté : on ne leur promet presque rien (la direction veut sans doute se les garder pour les 4x12). Pour ceux qui sont dans la quarantaine, loin de la retraite : ils auront bien du mal à retrouver un emploi. Et rien n’est réglé pour les préretraites (CDA).
C’est bien pourquoi nous nous battions pour 100 000€ pour tous. Sur cette revendication unitaire, les grévistes étaient nombreux à vouloir poursuivre la grève, malgré les efforts répétés de l’intersyndicale pour faire reprendre le travail.
Les grévistes n'ont rien à se cacher entre eux. C'est normal que chacun sache ce que votent les autres. Et d'être fier de ses opinions, que l'on soit syndiqué ou pas, pour ou contre la poursuite de la grève.
Le vote à bulletin secret était une manière d’augmenter les tensions entre les grévistes, d’opposer les moins actifs aux autres, de créer la suspicion.
Un vote à main levée est le seul procédé vraiment démocratique et qui permet à la solidarité de s’exprimer clairement.
Ceux qui veulent étouffer le débat affaiblissent le mouvement. La démocratie dans la grève, c’est la garantie que les décisions prises conviennent à tout le monde.
La question sur laquelle les grévistes étaient invités à se prononcer était loin d'être neutre. Plutôt que de parler de grève, la question posée invitait les salariés à reprendre le travail.
Comme l'expliquait une gréviste, « quand tu fais grève, tu dis oui à la grève ou bien non ». La question du vote était posée intentionnellement dans l'autre sens.
La question était si bizarre qu'il fallait la reformuler devant l'urne. Malgré cela, quelques grévistes se sont trompé et ont voté contre leur opinion. Une confusion que le vote à main levé aurait évité.
La suite des négociations direction-syndicats depuis lundi le montre : les problèmes qui restent en suspend ne seront pas réglés par de simples palabres. Sans le rapport de force de la grève, la direction ne cédera plus grand-chose.
En particulier pour ceux qui resteront et seront toujours sous la menace de faire partie des prochaines fournées, la direction ayant remis à plus tard l’avenir du site. Car personne ne croit plus ses mensonges répétés sur un soi-disant repreneur.
La grève, il faudra bien qu’elle réexplose, et cette fois, il faudra nous donner les moyens de la contrôler, de décider en assemblée des grévistes, de la diriger nous même, sans nous en remettre à des responsables qui marchandent et décident derrière notre dos et à notre place.
Depuis la collecte au drapeau rouge d'il y a 15 jours, les palettes et les pneus ont entretenu la flamme de la grève. Jusqu'au prochain embrasement, les 144€ reçus feront bien des petites étincelles.
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